Etats d'Âmes en Liberté ...
26.01.97 Je viens de passer dix jours chez V.. On ne peut pas dire que ce séjour fut une réussite. D'ailleurs plutôt un fiasco, de mon point de vue bien sûr;
Je m'explique.
Plus ou moins inconsciemment, tous les mois je le bipe pour avoir de ces nouvelles, histoire d'être au courant.
Donc le dimanche avant mon départ je l'ai bipé d'autant plus que j'avais un sale pressentiment à son sujet.
Et si lui aussi m'avait été enlevé ?
Miracle il m'a appelé et comme une conne pas su quoi lui dire. Lui ai quand même dit que je partais à St Etienne, seulement je lui ai dit "demain" alors qu'en réalité c'était le surlendemain. Et puis rien de bien folichon, il m'a dit être fatigué, et devoir aller se coucher et on s'est quittés.
Torturée par cette conversation avortée, cette non-chose, qu'une envie, qu'une idée : "Et s’il venait à St Etienne avec moi ?"
Le soir tellement angoissée, je phone à Ag. sans lui avouer mon envie. Il fallait que je le fasse. Ag. me l'ayant suggéré et moi y ayant pensé.
Donc le lundi à 10h je bipe. Pas de réponses. Re-bipe à 13h30, toujours pas de réponses, j'attends jusqu'à 14h30 et pars faire deux trois courses pour mon départ le lendemain, dont des clopes.
En passant devant le tabac je vois la voiture.
Courage fuyons. Les clopes plus tard.
Plus tard donc, j'entre au tabac, non sans une réelle appréhension, il n'y avait pas un rat, ouf. Je rentre chez moi, au dernier feu qui vois-je en face ? Je fais style de rien. Lui me fait les phares, au bout de la deuxième fois je daigne regarder dans sa direction. Il me fait coucou, je lui réponds en lui faisant comprendre que je veux le voir. Il aurait pu faire style j'avais pas compris et continuer sa route, non il fait demi-tour et viens me rejoindre. On se retrouve comme deux cons au bord de la route, je lui expose mon idée pour St Etienne, une fois de plus il est étonné. Il m'explique qu'il n'a pas répondu à mes bipes car il me croyait déjà partie... Pour St Etienne, non vraiment il ne peut pas, il s'est juré de faire toutes ses démarches cette semaine, depuis son licenciement il n'a encore rien, il y a exactement un mois.
Franchement je vais le dire, son refus m'a soulagé.
Et puis là, sur le bord de la route on a discuté de tout et de rien, de rien surtout. Il était pressé, attendu pour faire une lessive commune avec un pote, mais paradoxalement pas si pressé d'y aller... Et puis au bout d'un moment de rien, ne voilà -t-il pas qu'il me demande "t'es chez toi ce soir ? " Moi de lui répondre "ben oui." et lui de riposter "bon je viendrais boire un café, depuis le temps que je te le promets, de toutes façons je t'appelle avant".
Comment veux-tu que je reste stoïque :
Il me fait la bise pour me dire bonjour et au revoir, chose qu'il n'avait jamais faite auparavant.
Il s'invite chez moi, alors que j'avais totalement abandonné l'idée de le voir franchir le seuil de ma porte.
Tu vas pas nier qu'il y a de quoi se faire des films ?
Seulement le film n'a pas abouti, il n'a pas phoné, il n'est pas venu. Et moi de ne pas lui en vouloir. Il avait l'air tellement sincère, (j'avais oublié de dire qu'il m'avait prévenue que ce n'était pas sûr, tout dépendait d'un de ses pote)
Bon si j'en revenais à mon fiasco stéphanois.
Donc le lendemain je suis partie, et tout le long du trajet j'avais le sentiment de faire une connerie, sentiment qui ne m'a pas quitté de tout mon séjour, il faut dire que dix jours, c'est peu. Peu pour un séjour si loin sachant que la cousine travaille.
Peu pour se ressourcer.
Peu pour des congés, en fait.
On ne peut pas dire que je me sois fais chier, non c'est pas vraiment ça. En fait j'étais mal à l'aise, en tous cas j'ai pas eu l'impression d'être en terrain connu, pas du tout. V. avait décollé son ancienne tapisserie du salon, à nous d'en mettre une nouvelle. Une perspective qui m'enchantait guère et dieu sait si j'avais raison d'appréhender.
Nulle. Sur ce coup j'ai été nulle à chier. Pas foutu de faire grand chose. En tous cas de cette expérience il en ressortit quelque chose, je n'ai jamais eu l'intention de m'attaquer à une tapisserie, et jamais je ne le ferais, d'autant plus que je n'aime pas la tapisserie. Par contre la cousine, elle s'est démerdée comme une chef.
Et puis nouvelle année, nouvelles résolutions. Cette année (inconsciemment) finie la boulimie. Il faut avouer, que j'étais passée dans les trois chiffres de quoi halluciner. De plus après examens, la toubib m'a trouvé du diabète et le foie près à exploser qu'une solution : plus un gramme de sucre sous quelles formes que ce soit. Plus un régime plus ou moins régulateur avec quatre repas. Comme à mon habitude je n'en fais que deux, il ne faut pas oublier que les vacances signifient lever entre 11h et 13h, donc forcément l'impasse sur le déjeuner. J'ai tout de même perdu six kilos en moins de trois semaines.
Morne les repas : soupes - fromage - yaourt.
Et puis la nuit, ma hantise la nuit, toutes les nuits des "cauchemars", en fait des rêves négatifs, mais à chaque fois R. pour me faire reprendre espoir. Un coup ça à voir avec les licenciements prévus, ben oui encore, un coup c'est le délire d'un cambriolage, un vol bref que des choses bien agréables. Des nuits très agitées aux dires de la cousine.
Pendant dix jours trois sorties, une fois en ville seule, une fois avec V. et un cinoche, puis le dernier soir visite de Nad, ça m'a fait du bien, mais je ne vais pas mentir, vu mon état je ne me sentais pas d'affronter qui que ce soit, surtout des gens qui m'avaient connue dans "toute ma splendeur".
Et puis avec la cousine plusieurs sujets de discordes, oh pas méchantes les discordes, mais c'est agaçants, j'avais pas envie de partir pour me prendre la tête, et encore moins avec elle. Du coup je me suis prise la tête toute seule comme une grande; Comme je sais si bien le faire. Besoin de personne...
Et depuis hier me revoilou dans mes meubles, à pleurer sur mon triste sort, encore plus dépressive qu'avant, encore moins envie de retourner au turbin. C'est bien la première fois, que je n'ai aucune envie de rentrer de congés, faut pas chercher trop loin...
09.03.97 Un coup de spleen parmi tant d'autres, ça ne change pas trop. Faut dire qu'arrivée à un certain âge on s'habitue à ses petites habitudes. Pourquoi prendre la résolution de sortir la tête de l'eau quand on ne sait pas nager et que de plus tout s'écroule autour de soi. Le boulot du moins la parodie burlesque qui me sert de job, ne me concerne plus du tout, avant j'avais envie de me battre de faire avancer les choses, maintenant, j'en suis arrivée à suivre le mouvement complètement démotivée. Plus rien à espérer, tout comme le staff avec qui je bosse. On est là à regarder tout s'écrouler, tout partir à la dérive, avec un sentiment d'impuissance et paradoxalement aucune envie de faire changer les choses. Plus envie de motiver les gens, d'ailleurs à croire que tout le monde n'attends qu'une chose, que tout s'écroule une bonne fois pour toutes et que l'on n'en parle plus. Ce serait tellement plus simple ; mais si peu rapide.
Plus de nouvelles de celui que je croyais être mon nouveau grand frère, remarque faut être honnête, cela fait un bout de temps que j'avais conscience de m'accrocher à une branchette... un moment que je savais que cela ne me mènerait à rien, mais que je persistais à y croire. Faut bien à croire à quelque chose pour arriver à avancer, même si l'on sait que ce n'est que chimère. Paraît que l'espoir fait vivre.
Mais l'espoir en rien fait-il aussi vivre ? Ou prend-t-il directement le pas sur l'attente et fait-il mourir d'un coup ? Faut être réaliste ça m'arrangerait bien d'en finir une bonne fois pour tout. Mais vraiment trop lâche juste capable de répéter à tout va que je vais en finir sans jamais trouver le courage de mettre à exécution toutes ces belles paroles. Personne n'y croirait vraiment, mais pourtant un jour il faudra bien que je me lance. De toute façon que me reste-t-il ? Rien, mais alors ce coup-ci, vraiment rien. Des journées composées de dix heures de boulot, deux heures de télé et douze de sommeil toujours le même schéma ; et le week-end les heures de boulot sont remplacées par des heures de sommeil, c'est vraiment folichon, comme avenir. Ah c'est vrai il y aura toujours de bonnes âmes pour dire ne t'inquiètes pas un jour ça ira mieux; Ah oui et quand ? Car depuis quatre ans c'est plutôt tendance à s'empirer. Même plus bonne à écrire, juste bonne à baragouiner, de vulgaires phrases, et toujours les mêmes : lamentations, lamentations... Un mur à moi toute seule.
31.03.97 Jeudi 27, au bout du rouleau, j'ai relu mon cahier bleu, tu sais celui couleur liberté... et puis j'ai pris la plume pour écrire à ... Fred. Je savais qu'il ne me lâcherait pas. Figures-toi, que le soir en rentrant du boulot je me retrouve avec R. à côté, au feu, tellement spleen, pas envie de le voir, mais alors vraiment pas envie. D'ailleurs plutôt froide au début. Il s'est quand même invité à boire un café : arrivé 17h45 départ 21h !!! Qu'avons nous fait durant tout ce temps, vas-tu me demander ? Discuter, discuter encore et encore. Sur un nuage complet, il est exactement comme je l'attendais, il a su m'écouter le peu que j'ai bien voulu lui dire. Il a su me dire le peu qu'il a voulu que je comprenne.
Bien sûr ensuite j'ai phoné à Ag., quand je lui ai raconté comment il avait débarqué chez moi, toutes les petites phrases, comment il avait déjà essayé de venir, mais en vain pour cause de parlophone trop faible, comment je me suis échappée avec l'envie qu'il poursuive son chemin, comment il a passé son temps à s'extasier sur l'appart, comment il a été le "frère" que je n'espérais plus ; elle n'a su me dire qu'une chose : la prochaine fois il débarque avec sa valise...
Comment il avait l'air bizarre quand il a compris que je n'entendais pas le parlophone, dépité quand il s'est rendu compte qu'il n'avait pas mon phone, mais alors comment allait-il faire pour me joindre ? Sur le coup je l'ai laissé avec ses questions, et puis hier je l'ai bipé sur la boite vocale pour lui laisser mon numéro.
Comment il avait l'air d'un songeur regrettant... quand j'ai sorti une photo de moi dans toute ma splendeur, et qu'il a marmonné : belle et bien foutue.
Comment il m'a écoutée, encouragée quand je lui ai parlé , dans la foulée de ma boulimie et de mon combat actuel contre les kilos.
UN REVE . A DREAM
28.06.97 Ca fait quasiment trois mois que je n'ai plus de nouvelles directement du moins. Le 25.05 je lui ai écris une bafouille et je lui ai envoyé un bouquin : Jonathan Livingstone le Goéland, pour la première fois j'ai mis mon adresse derrière une lettre au cas où elle devrait me revenir ; un mois après elle n'est toujours pas revenue...
Depuis j'ai appris par Mounir, (du moins si j'ai bien tout saisi) qu'il serait en Angleterre !!!
Mais bon ce n'est pas pour ça que je me suis mise au clavier, c'est plutôt pour essayer de résumer ces trois mois d'absence, ok il y a sûrement une corrélation entre les événements mais là ce n'est pas mon rôle. C'est celui de mon psy, même s’il s'obstine à me faire dire que ce qu'il me faudrait c'est un mec du moins du sexe. Je ne suis pas d'accord avec lui, il faudra que j'arrive à lui dire. Je n'ai pas le sentiment qu'au fond de moi, cela me manque plus que de raison. Je crois plutôt que le problème vient des remords que j'éprouve vis à vis de Léa et de tout ce que je lui ai fait subir par ma lâcheté et mon égoïsme. Faut dire que ce n'est pas évident à gérer d'être amoureuse de deux personnes à la fois : un mec et une nana, peu peuvent s'en vanter, et pourtant c'est la situation dans laquelle je me suis retrouvée printemps-été 94 et avec le recul je réalise que ce fut une horreur et le détonateur de ma déchéance, le problème maintenant c'est que depuis moi je suis devenue boulimique et que je n'arrive pas à me raisonner. Mon psy dirait qu'il suffit de volonté, je suis entièrement d'accord, mais pour avoir de la volonté faut être motivée, faut avoir un moteur pour avancer, or moi je n'ai plus rien, seule une envie de destruction subsiste, la mienne et celle des autres, certains autres. C'est vrai que de plus en plus souvent j'ai des envies de meurtres. Mais est-ce bien raisonnable ?
Par Martika, Jeudi 18 Janvier 2007 à 06:30 GMT+2 dans Etats d'Ames passés (article, RSS)













