When The Tears Ran

Etats d'Ames en Liberté

L'année 1996 ...

 

04.05.96         Il ne faut jamais croire que l'on est à l'abri des agressions. A n'importe quel moment, tout peut basculer. T'as l'impression que ça y est t'es remontée à la surface, que plus rien ne peut t'atteindre. Qu'enfin la Vie est devenue pour toi, une longue succession de moments plats, sans surprises. Qu'enfin le calme et la sérénité règnent.

 

D'ailleurs ce n'était pas seulement une croyance, mais une certitude. Tu te sentais bien. Les fleurs poussaient; les oiseaux chantaient, le ciel était bleu, la vie aussi. Enfin, telle que tu la rêvais. Un boulot, un toit. Le respect des gens envers toi, et toi envers eux. Forcément.

 

En fait tellement de boulot, que t'avais plus le temps pour rien d'autre. Complètement investie dans un boulot, qui ne te plait pas et surtout qui ne te le rend pas. Tu vas même jusqu'à bosser tard le soir ou le week-end. Parfois les deux ensembles et pourtant depuis deux ans tu passes de CDD en contrat saisonnier en CDD... Mais ça fait rien, tu te dis qu'un jour ça paiera. Un peu comme un bénévole qui se bat pour une noble cause.

 

Sauf que je ne suis pas bénévole et que la cause est loin d'être noble, elle serait même catie. Pourrie par le pognon. Ils ne pensent qu'à leur épanouissement financier personnel. Ils ne s'aperçoivent pas que sous la carapace résistante, il n'y a plus rien, tout est fragilisé, cassé.

Mais c'est pas grave les apparences sont sauves.

Et puis un jour, une parole, un regard et tout s'écroule. Tu craques. Tu re-craques, serait plus juste.

 

Le problème à ce moment là, c'est que tu réalises qu'en fait t'as rien : pas de boulot, pas de toit, pas d'amis, pas d'amant, et puisque c'est dans l'air du temps pas de bébé et de plus le ciel n'est même pas bleu...

La seule chose que tu es foutue de posséder ce sont les kilos. Et eux t'angoisses pas, ils te trahiront pas, ils resteront là et bien là.

 

Du coup, comme tu l'as dans la peau. Au boulot c'est le fiasco. Matinée boulot-boulot. L'après-midi ça se corse. Complètement surexcitée, littéralement béate, complètement sur un nuage. Quand il s'en va, qu'une envie s'en aller. Du coup on ne concède plus une minute au boulot. L'heure devient l'heure.

 

Fatalement, on te regarde d'un drôle d’œil. Tiens ! Elle se prend pour une fonctionnaire. Non, elle respecte l'horaire, comme la majorité, d'ailleurs...

C'est bien beau de partir du bureau, mais pour aller où ?

Ben, à la maison. Comme un con (c'est pour la rime).

Mais pas la conne inerte, non la conne active... dans sa cervelle. La conne pensante.

Pourquoi, t'en sais rien, mais une fois à la maison, tu te tapes des flash-back, et là forcément tu ressors tes "morts".

Tu t'aperçois qu'en fait t'as laissée filer des gens qui ne le méritaient pas. Tu t'aperçois que tu as du faire énormément de mal à Léa, t'essayes de trouver que faire, maintenant.

Mais y-a-t-il quelque chose à faire deux ans après ? Comment ai-je pu être aussi ignoble ?

Tu t'aperçois qu'en chaque être côtoyé, tu as essayé de te retrouver, tu as essayé de le retrouver. Lui, le seul qui ne t'ai jamais trahi.

 

Fred pourquoi es-tu parti ? Fred, si tu savais comme j'ai besoin de toi, là, ici, maintenant.

 

Je sais que toi t'aurais su me protéger. Tu aurais vu le danger arriver. Tu m'aurais mise en garde contre ce regard. Tu m'aurais soutenue. Tu m'aurais aidé dans ces horribles moments que je traverse. Je sais que tu n'aurais pas laissé les gens m'écraser. On ne laisse pas sa petite sœur se faire anéantir !

 

Alors forcément, ce regard, ta fragilité intérieure et par-dessus le marché tous tes "questionnements" n'arranges pas ton moral. Du coup tu deviens irritable, franchement irascible.

Heureusement que tu as un gentil toubib qui prend soin de toi.

25 ans et demi et déjà sous PROZAC (la dernière drogue anti-déprime à la mode) depuis deux mois...

 

23 juin 1996 Il était temps, je me décide enfin à retranscrire ma semaine en Thalasso.

Quand tu débarques à la Résidence, elles te remettent tes clés, ta télécommande ainsi qu'un RDV avec le toubib de la Thalasso... le lendemain.

 Là tu te dis, quasiment douze heures de route, tu crois que je vais pouvoir souffler un instant. Ne suis-je pas venue pour me reposer ?

Donc le dimanche à 14h rencard avec la toubib, c'est elle qui te prescrit tes trois soins journaliers, à la suite d'une petite discussion et d'une auscultation en règle : tension, souffle, pesée.

Dans mon cas précis : c'est à, dire repos suite à du surmenage, elle m'a mis : de l'aquagym, douche jet, douche affus, bain multijets ainsi que massages.

Ensuite en attendant ton planning, tu vois les filles de la remises en forme (le forfait comprenait deux heures par jour de piscine gratos). Elle te fait une clé magnétique à ton nom, comprenant un crédit de douze heures pour accès à la piscine, au sauna, au hammam ainsi que la salle de muscu. Chaque fois que tu rentres dans un de ces lieux, tu introduis ta clé et ton comptes est débité.

Aussi elles t'apprennent que donc tes deux heures par jour, gratos sont en fait 12h à répartir comme bon te semble du dimanche au vendredi.

Du coup puisqu'on doit attendre après le planning, autant aller y faire un tour.

Bonne nouvelle, la porte accédant au sauna et au hammam est cassée pas besoin de clé : et hop du crédit en plus.

Aussi elle t'indique ton numéro de peignoir, car à chaque fois que tu voudras ton peignoir, tu leur diras ton n° et miracle ton peignoir tout sec, te seras remis.

Donc, on entre dans la piscine, eau minimum 33°, for me le pied !!! A tâtons on teste les différents jets, on essaye de comprendre à quoi ils servent, où ils se trouvent. Tu sais que dans la famille F., on est un peu bête, crois-tu qu'on se serait pris la peine de lire le dépliant qu'on nous a fourni. Non, il faut pas rêver...

Bon ce n'était que le début, il fallait bien commencer.

Ensuite un petit tour au sauna, suivi du hammam. Le sauna, c'est une petite pièce tout en bois, où la température avoisine les 40°, c'est pas évident d'y rester, mais il faut essayer, c'est chacun selon ses dispositions...

 

Le hammam, c'est une pièce divisée en deux toute carrelée, un côté à 45° et l'autre à 55°, là il te ruisselle des gouttes dessus ce qui est déjà plus tenable...

Evidement le circuit logique c'est douche froide - hammam 10 minutes, un quart d'heure maxi - douche froide - sauna même laps de temps - douche froide, bien sûr nous,  on a commencé par le sauna, sans la douche...

 

Sur la semaine, je suis allée deux fois au sauna, et trois fois au hammam... Maman y est allée tous les jours...

 

Lundi matin début des soins à 11h :        - Aqua-Gym 1/2h

                                                        - Massage

                                                        - Douche jet

aquagym, comme son nom l'indique c'est une demi-heure de mouvement de gym dans l'eau, pour une aussi grande sportive que moi, c'est crevant...

Les massages, j'ai trouvé ça banal, en fait sur la semaine c'est ce que j'ai le moins aimé.

La douche jet, tu es debout, de dos, de côté, de face, et la nénette, te passe un jet chaud sur le corps, dans les soins l'eau est aussi dans les 30°, évidemment elle suit un circuit en fonction de ta prescription, pour ma part éviter les lombaires, et d'elle-même elle a insisté sur les cuisses et les fesses !! Pour finir,  elle te propose un jet froid, j'ai accepté, c'est la cerise sur le gâteau. A mon avis.

 

Ensuite environ une heure de piscine. De toutes façons tu as "droit à deux heures par jour, mais en fait c'est trop.

 

Mardi après-midi, de nouveau des soins  :         - enveloppe de boues

                                                        - douche affus

                                                        - bains multijets

L'enveloppe de boues : j'ai pas trop compris à quoi ça servait, d'autant plus que j'ai su par la suite, que Mam avait eu les algues à la place car les algues font maigrir...

C'est bizarre, la fille te badigeonne de boue, puis elle te recouvre de papier alu, et elle te laisse mariner là dedans vingt minutes, sensation bizarre, ça gargouille et c'est tout chaud, par contre à l'application c'est froid.

La douche affus : t'es allongée sur le dos et au-dessus de toi il y a une rampe truffée de petits trous qui te diffuse des jets à petite pression drôlement agréable comme sensation... surtout quand tu as trouvé comment te caler pour que les jets t'atteignent bien...

Bains multijets : t'es allongée dans une baignoire remplie d'eau et là alternativement des jets se mettent en route démarrant de la plante des pieds pour finir dans la nuque... là aussi pas mal une fois que tu as compris qu'il y avait des jets pour les bras et les mains, et donc que tu mets tes bras dans l'eau et non dehors pour te tenir au cas où tu te noierais...

 

Le plus drôle c'est ma mère a qui je raconte l'histoire comme quoi, j'ai compris sur la fin qu'il y avait des jets aux bras, qui rigole, tout ça pour me dire le dernier jour de la Thalasso : "Tu savais que dans la baignoire il fallait mettre les bras dans l'eau... ".

 

Quand je te disais que les F. étaient pas fu-fute...

 

Le schéma des soins se décompose comme ça :  lundi matin, mardi après-midi, mercredi matin idem lundi, jeudi après-midi idem mardi et vendredi matin idem lundi.

 

Le matin nos soins démarraient à 11h30, pour finir vers 13h, l'après-midi démarrage à 16h15 pour finir vers 18h environ. Ce qui nous laissait du temps pour se balader soit le matin soit l'après midi. On s'est aperçues qu'on avait du bol, car il y en avait qui avait les soins tôt le matin, tard le soir, ou carrément répartis dans la journée...

 

Chaque fois qu'on sortait d'un soin Mam, me faisait un flan comme quoi ça lui avait fait du bien toute requinquée, tout le tralala. Moi, je marmonnais, car je trouvais aucun effet.

N'empêche que la première nuit j'ai rêvé de R., ensuite plus une seule pensée pour les «Cocasiens».

N'empêche qu'on avait prévu de "sortir" le soir, et que chaque fois complètement lessivées, arrivé 18 h  qu'une envie se coucher, naze.

 

Au jour le jour je te dirais que la Thalasso ne m'a rien fait, mais sur une semaine, ça m'a fait le plus grand bien possible, complètement annihilé, plus le temps, plus l'envie de penser à quoi que se soit ni à qui d'ailleurs...

Peut-être que la masseuse avait raison : le premier jour elle m'a trouvé tellement nouée qu'elle m'a dit vous ce n'est pas une semaine qu'il vous faut mais six mois...

 

Le plus dur c'est évidemment de reprendre le boulot, heureusement j'avais encore une semaine après, pour descendre en douceur de mon nuage...

Malheureusement, j'en suis trop vite redescendue.

Lundi, tout me passait au-dessus, j'ai passé la journée à chantonner, ils se foutaient tous de ma gueule : "elle leur a laissé des plombs...".

Les P.O., se sont tous inquiétés de savoir si j'avais passé de bonnes vacances, en tout cas ça avait l'air, vu la bonne mine qu'ils me voyaient... Quand je leur ai dit ce que j'avais fait, ils ont tous voulu savoir en quoi ça consistait, ils m'enviaient. Je suis restée sur le cul, d'autant qu'avant de partir, mon chef avait trouvé rien de mieux que claironner à qui voulait l'entendre que je partais en Thalasso : réaction d'O. (assistante du personnel, vieille fille aigrie...) : "Tu vas en Thalasso, pourtant t'es jeune !"...

Les chauffeurs pas de réac, trois je m'en fous, mais R... Ok, il était complètement déconfit, le pire il avait même pas fait la nouba...

Mais il s'est rattrapé mardi. Dès qu'il est arrivé ça été "alors ces vacances à Toulouse ?" Là je suis restée conne, comment il savait que j'avais été dans ce secteur et pas à St E comme d'hab...

Il n'a pas voulu me dire d'où il tenait l'info, mais il a voulu savoir ce que j'avais fait. Alors je lui ai dit pour la Thalasso, lui aussi a été très intéressé, à un tel point qu'au finish il m'a lancé (je l'ai pris en plaisanterie en l'air, je le connais maintenant le zozo, je ne m'illusionne plus) bon la prochaine fois que t'y vas, je viens avec toi.

 

Le soir en rentrant à la maison, je raconte l'anecdote, dans les grandes lignes, à Mémé. Sa seule réaction a été : "Il est marié ? "

Contente la grand-mère, enfin elle me case... Mon dieu si elle savait...

 

Là, nous sommes le 26, tu devrais commencer à la connaître la cousine, si elle ne fait pas un roman elle est malade...

J'ai évidemment relu ma prose, mon dieu que ça a l'air rébarbatif la Thalasso, racontée by me... Et pourtant Dieu sait si ça été le pied. Mais franchement pas le genre de truc qui se raconte, il faut le vivre...

 

J'avais oublié : je me suis quand même démerdée à perdre 3 kg...

Que j'ai sûrement repris depuis... j'ose plus affrontée ma balance...

Je préfère rester sur mon nuage et me voir dans ses yeux...

Car figures-toi que c'est reparti comme en 40, plus modérément mais ça n'empêche pas que grâce à lui (c'est ça le piège) je me vois beaucoup de kilos en moins.

 

On a retrouvé un certain degré de complicités et ça c'est énorme. Ca me permet de passer la journée sereine... Bon les WE c'est autre chose, mais c'est pas grave, malgré mon allergie, je vais me ressourcer une petite heure au soleil, et de suite ça va mieux...

C'est bizarre j'ai l'impression cette fois encore que Ch. et R. joue un film dans lequel je serais censée participer et pourtant je ne connaîtrais pas mon rôle. Je ne sais pas si ça t'ai déjà arrive mais c'est franchement sublime comme sensation...

Une fois de plus c'est une situation qui ne peut complètement se raconter, elle ne peut que se vivre.

 

Mon dieu que la cousine devient pédante...

Si tu savais, remarque je crois que tu l'as bien compris, je suis sur un nuage, du soir au matin et forcément du matin au soir. Tu vas peut-être rire, mais c'est ça qui me permet de supporter d'être enfermée toute la journée entre quatre murs. Dès que j'en ai ras le bol, et Dieu sait si c'est souvent, je pense que bientôt il arrive, ou bien à ce qu'il m'a dit et hop c'est reparti.

 

Au fait je tenais à préciser que j'ai quasiment arrête le PROZAC, donc cet état de béatitude permanent qui m'habite n'est pas dû aux antidépresseurs...

Forcément, il y a un revers de médaille : je recommence les crises de boulimie...

Mais là c'est encore pire, car je suis amoureuse... Ca aussi, c'est mal défini, car je suis raide dingue de lui, mais je sais que SI un jour il ne me proposait ne serait-ce qu'une sortie, et bien je refuserais.

Je sais que ce serait le pire de tout, vu tous les efforts que j'aurais fait pour en arriver là, mais je ne me sens franchement pas à la hauteur. Je me sens tellement rien à côté de lui.

Non ne va pas croire que je suis tellement transie qu'il fait tout pour m'inférioriser, pas du tout, au contraire, il a plutôt la tendance inverse. Il s'infériorise lui. Il est toujours en train de se rabaisser vis à vis des autres chauffeurs, alors que c'est le meilleur des quatre, le plus travailleur et le seul qui soit honnête...

Bon passons à quelque de plus terre à terre : les dates de congés que j'ai posées :

         1ère semaine de décembre 96

         2ème,et 3ème semaine janvier 97

         et 3 semaines en mars 97

Donc si tu es emballée, la Thalasso on pourrait se la faire en mars, il fera sûrement moins chaud, car, j'avais oublié de te dire, que la période durant laquelle nous sommes parties début juin et bien c'est intenable. Une chaleur à crever, même ma mère n'a pas pu supporter.

Bon de toute façon si la période ne te conviens pas, on pourra en rediscuter, pour ces congés là, je n'ai pu avoir que ces dates, car il m'a fallu calculer en fonction des congés de L. (qui me remplacerait) de N. (qui remplacerait L.) ou encore de L. (qui remplacerait N.) et bien sûr eux avaient déjà posé depuis longtemps. La prochaine fois, je négocierais des dates qui m'arrangeront un peu plus... Peut être  plutôt fin avril - début mai, bon on verra

 

Samedi 29, ben oui c'est encore moi.

J'aimerais tellement comprendre, savoir mon texte, pour pouvoir profiter pleinement du rôle que l'on m'a attribué. Souvent je me dis "arrêtes-tu te joue un film..." et puis-je me repasse les petites phrases qui ont fait tilt, et là je me dis "pourtant tu ne les as pas rêvées". Je vais te retranscrire celles qui ont suivi depuis notre dialogue sur mon retour de Thalasso.

Ch., c'est le genre, j'arrive,  je te donne mon rapport, surtout je ne te dis pas bonjour, je pourrais me salir la bouche... ensuite je m'en vais au moins s’il y a un problème je suis sûr que tu ne pourras pas me choper...

Seulement depuis mardi changement de tactique. Il arrive grand sourire, si je suis occupée, il attend pour me dire bonjour et la banalité d'usage "ça va ?", un moment plus tard il s'inquiète de savoir s'il n'y a pas de problèmes sur son rapport, si non, "au revoir à demain".

Après trois jours de ce rythme pour le moins zarbi, j'ai craqué "dis-moi qu'est-ce que tu me mijotes ?" et l'autre de me répondre "ah ça tu verras c'est pas à moi de te le dire..."

 

Le R. quant à lui, tous les jours il s'inquiète "de ma petite santé". Ca c'est normal pour une période de bons jours. Aussi lundi, H. la fille qui bosse à la Logistique, n'est pas venue le matin : penses-tu vendredi fête de la musique + samedi son anni...

Donc lundi aprèm quand elle arrive dans mon bureau, il était là, je lui dis bonjour et "puis alors, ça y est réveillée ? ou plutôt fini de cuver ?" Elle me répond sèchement un truc que j'ai pas capté mais lui oui, vu qu'il lui a répondu sur le même ton "tu ne lui parles pas comme ça, elle plaisantait, si t'es mal réveillée t'avais qu'à pas te beurrer" et toc, sur le cul j'étais.

 

Plus tard dans la journée, H. me balance t'as trouvé un garde du corps, assez sèchement, depuis elle me fait plus ou moins la gueule...

Et le pompon ça a été hier. Hier E., le PO de R. rentrait à midi, car l'aprèm il était pas là, why je ne savais pas. Donc on se voit, il me donne les instructions pour son chargement de lundi. Et puis au moment de partir, il me dit, (genre j'allais oublier) sur un ton "assez sec" "Ah quand tu verras ton cher R. tu lui diras que je l'attends..." c'était tellement sec que je me suis permise de le couper pour rajouter "de pieds fermes !" Là il rigole et il me dit "ah il te l'a dit hier soir" Pardon tu peux me la refaire au ralenti, quand hier soir... et puis quoi, qu'est-ce qu'il m'a dit ?

"Eh ben que cet aprèm il est pas libre, que je l'embauche pour déménager" ensuite il hésitait pour fixer un rencard, alors moi ingénue (faut bien rentrer dans leur jeu que je me suis dit) "Ben t'as qu'à lui téléphoner ? Que je suis bête il a pas de téléphone !" Chapitre clos par un tu lui diras "cinq heures chez lui."

Et bien sûr, une heure plus tard j'avais le Ch. tout joyeux dans mon bureau...

 

Voilà dans quel bourbier je suis...

 

Jeudi 4 juillet, la situation est toujours aussi catastrophique, à l'allure à laquelle on régresse; bientôt il me faudra pédaler pour générer l'énergie de mon ordinateur...  Il y avait trois imprimantes dont une exclusivement pour mes factures. Il n'en reste qu'une depuis deux jours, mais ça ne dérange personne...

Aussi il faudrait que je redescende de mes nuages, c'est bien beau de fantasmer sur un mec qui te regarde béatement en te parlant, d'autant plus qu'il est toujours célibataire... Mais il ne faut pas que je me leurre, il ne s'intéresse pas plus à moi que tous ceux qui l'ont précédés. Je ne pousserais pas jusqu'à dire qu'il entretient des relations de courtoisie avec la fille de son chef suprême, car c'est vraiment pas son genre. Comment veux-tu qu'il me voie autrement qu'une grosse barrique névrosée, parano... bref ce que je suis.

 

Ca n'empêche pas que c'est un amour...

 

Le peu de gens qui ont toujours daigné faire style s'intéresser à moi, il c'est toujours avéré qu'il y avait à un intérêt quelconque à ça.

C'est pas vraiment français mais j'ai pas les idées assez claires, de toutes façons je te fais confiance pour le traduire, le petit nègre de la cousine...

 

Bon je crois que ce coup-ci (sur cette note joyeuse) je vais te laisser pour de bon. Surtout que la grand-mère se désespère : "tu écris encore à V. !!!"

 

Bon, quand tu veux, tu prends un petit moment pour raconter tes états d'âmes sinueux (certainement pas plus que les miens...) à ta cousine...

Tu vois, je t'avais dit au revoir et puis me revoilà, il faut dire qu'aujourd'hui c'est dimanche 7 juillet et que Mémé a déjà passé deux nuits à l'hosto. Surtout je voulais te dire (c'est lâche de ma part, car tu es loin et que tu ne peux rien faire for me) que j'ai eu sacrément peur, je crois que j'ai vu la fin de ma propre vie, c'est sûrement mal exprimé, c'est peut - être pédant, mais je t'assure que je me suis sentie vraiment mal.

Ca fait pas mal de temps, que j'ai envie de vivre seule, et puis, je me suis dit qu'il n'y avait aucune raison pour que je quitte Mémé, maintenant, parce que malgré ce qu'a l'air de penser certaines, je suis sûre que je suis utile à Mémé. Aussi, ça fait un moment que je me traîne de sacrées idées noires, et qu'à chaque fois, ce qui m'arrête ce n'est pas ma légendaire lâcheté, mais le fait de penser que je ne peux pas faire ça à Mémé.

Aussi je m'aperçois (du moins ça se vérifie) que je n'ai personne pas d'ami(e)s.

Personne n'a ressenti qu'en ce moment j'aurais eu besoin de...

Je sais que je te dis ça à toi, pourtant tu es (je crois) dans la même situation que moi, mais tu vois j'essaie de faire un relais écrit. Il est vrai que le téléphone n'a jamais été mon fort.

 

Ah oui j'avais oublié, t'as une belle sœur en OR. C'est la seule qui m'appelle tous les jours d'ailleurs il faudrait que ce soir je l'appelle moi. Hier soir on est restée une heure au téléphone (elle est chez son père !!!), si tu savais comme ça m'a fait du bien. Enfin une "pièce rapportée" que je ne regrette pas, je crois que c'est la seule bonne idée que ton frère n'ait jamais eue.

Mon dieu que je m'exprime mal, mais j'espère quand même que tu arriveras à traduire mon langage petit nègre.

 

Voilà on est dimanche 14 juillet, demain ça fera une semaine que ta lettre est prête à poster...

Du coup je reprends "la plume".

Ben non je n'ai pas téléphoné à Ag..

Mercredi 10, je devais passer la visite médicale du boulot, dernier passage du camion...

Seulement les trois convocations précédentes, j'y étais pas allée sous prétexte que j'étais inexistante dans la société, donc je ne voyais aucune raison d'y aller. D'autant plus que la toubib, il y deux ans, tu sais l'époque où je faisais 60 kilos pour 1m73, me trouvais trop grosse, alors ce coup-ci elle m'aurait trouvé obèse d'où mes réticences...

Du coup ils ont pris les devants, ils m'ont fait signer le contrat qui en fait démarre au 1/07. Une fois le contrat signé, ils se sont mis à trois pour me dire de passer la visite, je les ai regardés et je leur ai dit de toutes façons j'y serais allée à votre visite (d'autant plus que ce que m'a dit la toubib, je l'avais prédit...).

Donc je vais à la visite, elle me pèse, catastrophée, elle a le bon goût de ne pas faire de commentaires...

Elle me demande si j'ai un traitement en cours, je lui dis que j'en avais un, elle me fait allonger pour l'auscultation, plus tension. En m'allongeant, me reviennent mes vertiges, une sensation bizarre, comme si on m'attirait pas l'arrière... Allongée 9 de tension, du coup elle ne me la prend pas debout. Puis je lui dis pour la sensation bizarre. Diagnostic : arrêt de travail. Blême je lui bafouille que je peux pas, c'est la saison, il y a personne pour me remplacer. Alors elle me dit : Ok, mais alors vous allez voir votre médecin tout de suite pour le renouvellement du traitement. Tout de suite c'est impossible, on est mercredi, il reçoit pas, mais demain matin première heure, ok.

Le lendemain matin, toubib, rebelote tension, ce coup-ci allongée 13, debout 8, même discours, je vous mets en arrêt. Même réponse.

 

Pour ce qui est de Mémé, tout va bien, elle a la forme, malgré tout elle a l'air de se réjouir de partir à Mougins en maison de repos. Ca ne pourra lui faire que le plus grand bien.

Comme je le disais plus haut, elle m'a donné plusieurs fois la preuve qu'elle était contente de m'avoir à ses côtés. Tu sais des petites phrases, anodines lancées en l'air et qui font du bien.

Par contre, je suis contente, car, j'ai enfin clos le bec de la Mir., chaque fois que j'arrivais à l'hosto elle était là, m'accueillant toujours avec une vanne "bienfaisante", jusqu'au jour où elle m'a trop gonflée : j'arrive crevée (journée harassante, la saison démarre enfin, boulot double à faire dans un laps de temps moindre, de plus avec tout ça j'arrive pas à dormir...) pour m'entendre de la bouche mielleuse de la tantine "qu'est-ce-tu fais là ?" et moi de lui répondre (au bout de la troisième fois) Et Toi ?. Depuis plus rien.

Et bien je te prie de croire que ça fait du bien par où ça passe...

 

Autre chose qui n'a quasiment rien à voir, depuis trois nuits mon parrain, habite ici, du coup la A. vient passer tout son temps ici, pour lui faire à manger, et surtout le faire manger...

 

25.10.96         Me revoilou, encore plus déprimée que la dernière fois. Toujours sous Prozac, je crois que je ne m'en sortirais pas, d'ailleurs en ai-je envie ?

Ca y est ! Je l'ai eu mon contrat en CDI, à la facturation tout comme je le voulais. Seulement il y a un hic, Forcément, ça ne pouvait être aussi simple.

Depuis la fin de la saison, le DG, fait "le ménage", et bien figures-toi que si l'on en croit les rumeurs, l'homme de ma vie ferait partie du lot. Explique-moi quel est l'intérêt de s'être battue pour avoir cette place si lui n'y est plus !!!

Bon Ok il y aurait quand même un point positif, je ne serais plus la fille de son chef. De plus depuis le début du mois j'habite pas trop loin de chez lui, à vol d'oiseau : en face. En fait la rue parallèle...

Ben oui, ça y est, je suis partie de Nice, il est vrai que l'air y devenait proprement irrespirable. La grand-mère avait plutôt l'air enchantée. Non pas du style "ouf, bon débarras" mais plutôt "enfin elle va faire sa vie !". La pauvre si elle me voyait une loque encore plus. De plus en plus boulimique. Pas à chier rien ne m'arrêtes, j'ai beau penser à lui, ça n'y fait rien. J'ai beau me dire "ma pauvre fille qu'est-ce que tu veux qu'il fasse avec un gros tas comme toi ?" Que dalle ! NADA.

Au boulot tout le monde me gave prodigieusement : sauf lui. Le problème c'est que j'ai tendance à trop le défendre, à lui passer trop d'erreurs, et qu'un jour ça va me retomber dessus.

Mais il a l'air si fragile, si ...;

Sous ses airs de petit dur... Je sais, je l'ai déjà dit.

 

04.11.96         J'ai beau lui avoir envoyé l'invite plusieurs fois il ne daigne pas venir me voir. Le pauvre il croit que j'en ai après lui, alors qu'il n'a pas compris que je ne cherche uniquement ce que j'ai perdu il y a cinq ans. Un « frère ». Mais bon apparemment c'est trop lui demander.

Tout ce qu'il a été foutu de dire c'est "Tu mélanges tout" Comment ça je mélange tout, moi, je ne mélange rien du tout, mais lui par contre je ne dis pas...

Il n'est pas foutu de faire la différence entre la confiance, la complicité et le reste, moi à part le reste, je ne vois pas ce qu'il peut m'apporter.

 

21.11.96         Des jours de plus en plus noirs se profilent à l'horizon, je ne supporte plus rien. Au boulot je me fais royalement chier, il est vrai que ma seule raison d'être vient de m'être ôtée. En ce moment, il y a une vague de licenciement, une bonne dizaine de personnes... dont R. ...

Je sais, parce qu'il me l'a dit, qu'il est plutôt satisfait, comme cela il pourra rejoindre son pote en Thaïlande.

Seulement, j'ai beau avoir cette certitude, j'ai vraiment l'impression que cette fois encore, on m'enlève la chose qui compte dans ma vie.

Exactement comme il y à cinq ans. Une fois encore, j'ai l'impression que ce n'est qu'un mauvais rêve, un sale cauchemar, je vais me réveiller, et il sera là, ils seront là, tous les deux.

Mais qu'ai-je donc fait au Bon Dieu pour mériter cela.

Pourquoi, n'ai-je droit à rien ? Pourquoi arriver à cet instant, alors qu'il n'y a strictement rien à espérer. Plus rien. Plus personne.

Vingt six ans et toujours aussi seule, incomprise.

Tu crois qu'un jour j'aurais le droit d'espérer pour quelque chose ?

 

27.11.96         Aujourd'hui, nous sommes mercredi. Samedi, n'y tenant plus je lui ai téléphoné pour savoir, ce qu'il en était de son rendez-vous avec le DRH. Au départ il était relativement agressif, genre elle va me lâcher celle-là, puis ensuite quand il a compris que je ne voulais rien d'autre que savoir... il s'est radouci. Il en est même venu à me demander de mes nouvelles !!!

Et puis lundi, je voulais l'appeler pour tirer au clair quelque chose qu'il m'avait dit le samedi : à savoir qu'il était à la rue. Naturellement (sans arrière pensée, je préfère préciser !) je lui ai proposé de l'héberger. Après m'avoir expliqué qu'il n'en était rien, que ce n'était que de l'argot, il est resté tout bête de ma proposition. Alors que pour moi, c'était réellement naturel. Va-t-il finir par comprendre que je ne veux rien d'autre qu'une profonde amitié, une reconnaissance en tant qu'être, et plus comme fille de...

Pourquoi lui ? Alors là, franchement c'est trop me demander. C'est inexplicable. La seule réponse que je pourrai fournir c'est qu'il a l'âge qu'aurait eu Fred.

Donc, je disais, il est resté bête, m'a fait répéter, confirmer, il a dit qu'il y penserait (marrant comme ça me ramène deux ans en arrière, pour le restau), et moi de rajouter en tous cas si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas. A-t-il compris à quel point j'étais sincère. Je ne saurais le dire. Le fait est qu’hier je ne l'ai pas vu, en fait si mais lui non, il n'a pas bossé (l'après-midi) car il avait son rendez-vous ANPE.

Aujourd'hui, pas encore vu (du moins ce matin) mais je sais par MC. qu'il était là ce matin, car elle m'a dit avoir une assez longue discussion avec lui, d'ailleurs il ne lui rien appris qu'elle ne savait déjà par mon biais. Et si j'arrêtais de tout répéter les moindres mots qu'il me dit, il faut que je les répète. Remarque, je me suis calmée, je ne dis plus rien à L, seulement MC et Ag.. Mais je sens que ça va me coûter cher un jour ou l'autre. Car il va arriver un moment où il en aura marre de mon petit jeu. Il ne faut pas que je pense à ce moment là. Surtout qu'il ne sera pas long à venir, car il ne lui reste plus beaucoup de temps à être parmi nous. De plus la semaine prochaine je suis en congés.

Et malgré tout je continue à m'illusionner, il viendra me voir après...

Après que toute cette affaire sera tassée. Après, ...

Après tellement de choses, que je ne saurais même pas les préciser.

C'est pas vraiment clair.

 

Tout ce que je sais, c'est que c'est dangereux car je m'enfonce dans un délire, monstrueux, comme quoi je vais réussir, et qu'il sera enfin mon grand frère... Tu sais celui que j'ai perdu, il y a cinq ans..

Tout cela je me l'hallucine sans avoir le moindre souci de son avis.

Alors que malgré tout il est tout de même le premier concerné !!

Mais il est évident que je ne lui demande pas son avis, d'abord parce que je ne saurais pas comment faire, et ensuite j'aurais trop peur d'affronter la vérité.

Car c'est bien connu la vérité est dure à affronter. Je ne serais jamais capable d'y voir clair, pour une seule et unique raison, je n'en ai pas envie !

Tout simplement, c'est pas bien compliqué. Mais si on s'amuse à analyser c'est hyper compliqué.

Car une fois de plus je pourrais tomber de haut de vraiment très haut.

Une fois de plus.

 

Y-a-t-il un espoir si mince soit-il qu'un jour tout cela s'arrête ? Qu'enfin on me dise : "S., ça y est choisi, tu as le droit de..." Pourquoi pas être enfin heureuse, réécrire ta propre définition du bonheur. Tu sais cette notion plus ou moins lointaine dont tu as maintes fois entendu parler, mais dont tu n'as jamais eu le privilège de goûter.

 

15.12.96         Voilà nous sommes dimanche et dans quelques heures, il me faudra aller travailler.

Seulement vendredi à midi, R. est venu me dire au revoir, c'est vrai qu'en fait, il ne m'a pas dit texto "au revoir", bien au contraire encore une fois il a tenu un discours engageant "S. à un de ces jours". Ca veut dire quoi ça ?

Je ne sais plus ce que je veux, en fait si je ne sais qu'une chose, marre de cette vie de merde, marre de m'autodétruire et pourtant je n'arrive pas à m'arrêter, il faut toujours que je mange et de plus en plus, bientôt je n'arriverais même plus à avancer, c'est déjà limite, mais ça ne fait rien ça ne m'arrête pas.

Une fois de plus dans un rêve.

 

 

Vos commentaires

Aucun commentaire pour le moment.

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Vous pouvez faire référence à votre publication en utilisant ce rétrolien

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 1 + 5 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens