When The Tears Ran

Etats d'Âmes en Liberté ... Novembre 94

Et un bilan de plus ...



11.94

Me voici de nouveau à St Etienne, où V. a eu la bonté de m'inviter (ou moi de m'incruster, je ne sais plus trop). En tout cas j'y suis. Et surtout je suis à plus de 500 bornes de ce cher R.
Une fois de plus les dictons sont faux !
Ce n'est pas loin des yeux, loin du cœur. Bien au contraire, je ne cesse de penser à lui. Deviner ce qu'il fait en l'instant précis, est ma plus grande préoccupation.

Je crois qu'il est temps que je mette par écrit tout ce qu'il s'est passé, ces derniers six mois.

Cette année, j'ai eu le bonheur de faire la saison à Coca. Saison bien étendue (dans mon cas) vu qu'elle a duré cinq mois. Ce fut cinq mois magiques.
Cinq mois durant lesquels je me sentais la maîtresse du monde.
On pourrait presque dire que j'avais repris confiance en moi. Tout cela malgré le épisodes noirs qui ont trouvé le moyen de venir s'y greffer.

Le 1er juillet j'ai eu un accident, du coup le scoot : out.
Le 4 juillet, la grand-mère, jalouse de moi, se casse le col du fémur : bilan un mois d'hosto plus béquille, aujourd'hui encore.
Pour ma part le bilan a été moins lourd : 17 jours de minerve et 23 jours d'immobilisation du genou gauche.
Mais surtout le plus important : R. aux petits soins.

Une situation bien équivoque.
A un tel point que certains s'y sont laissés prendre, dont G. (le frère de M.).
Une situation tellement tortueuse, que je n'ai rien trouvé de mieux que de m'y perdre dans les méandres.

Il paraît qu'il y a des regards, des gestes, des paroles qui ne trompent pas?
Alors pourquoi m'ont-ils trompés moi?
Il paraît que le bonheur c'est simple. (Cela en avait tout l'air).
Alors pourquoi chez moi tout est-il si compliqué?

Surtout il faut bien que je m'ancre dans la caboche que je suis venue ici pour décompresser, pour me vider l'esprit, pour me changer les idées.
Et non pas pour ressasser toujours le même film, les mêmes idées noires, les mêmes rêves, les mêmes cauchemars.
Surtout pour éviter de penser à lui. Il n'est pas pour moi !
Il serait plus juste de dire que je ne suis pas pour lui.
D'ailleurs je ne vois pas pour qui je serais ?
J'ai beau y réfléchir, je ne vois pas d'issue.
Ch. C. et M. ont peut-être raison. Peut-être qu'un bébé, un chat, un chien, bref un petit être à s'occuper serait la solution.
Me connaissant, avec la patience et la fainéantise qui me caractérise, ce serait plutôt une peluche !
D'ailleurs même le chat ne veut pas de moi.

Peut-on dire que le processus de décompression s'est enfin mis en marche ?
Peut-être en tout cas, ça en a tout l'air.
Je me sens si bien ici que je n'ai aucune envie de redescendre.
Ca faisait longtemps que je ne m'étais sentie "aussi bien".

Je sais que c'est illusoire, surtout éphémère.
Que bientôt, il me faudra redescendre. Plus dure sera la chute.
Reprendre le train-train quotidien. Il ne faudrait pas se leurrer. Ici, ce n'est pas l'euphorie quotidienne, les habitudes restent quasiment les mêmes. Mais il y a tout de même une différence majeure non négligeable : le stress en moins. La non-conscience du chômage, de l'âge avancé (de Madame) et qui malheureusement ne peut reculer.
L'insouciance presque parfaite.
Bien sûr, ici, comme partout ailleurs le vie n'est pas toujours rose. L'on peut même dire qu'elle est couleur muraille.
Mais moi je m'en fiche, j'en profite en me disant qu'un jour il faudra que je songe à me prendre réellement en main.
Que j'arrête de reculer pour mieux sauter. Que je cesse de fuir devant le problèmes qui se posent à moi. Que j'ose enfin affronter la vérité ; la vie, et tout ce qu'elle comporte de bon ou de ... mauvais.
Mais ce jour n'est pas encore arrivé. Franchement, il ne me tarde pas qu'il arrive, loin de là.

Ma situation a beau être précaire, vaseuse, à la limite de la nullité, je sais encore m'en contenter. M'en satisfaire.
Aussi, en étant ici, un sentiment d'abandon me traverse, parfois l'esprit (abandon de certaines personnes, je m'entends), mais comme il ne fait que passer et ne s'incruste pas, c'est pas grave.
De toutes façons, je me laisserais pas avoir, celui-là je ne l'inviterais pas en moi.
C'est bel et bien sûr !

Ca y est c'est sûr après demain, je mets les bouts.
C'est bizarre de penser que dans trois jours je me réveillerais dans un autre lit.
Qu'à mon réveil il y aura quelqu'un.
De retrouver tous ces gens que j'ai fui durant plus d'un mois.
Essayer de croire qu'on leur a manqué et surtout se faire croire qu'ils m'ont manqués.
Par contre c'est sûr, V. et le chat me manqueront, même s’il savait être insupportable à la limite de l'exaspération.



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