When The Tears Ran

Etats d'Âmes en Liberté ... du 04.02.94 au 01.11.94

Redescendre su Terre ...



04.02.94

Demain cela fera deux semaines que je suis redescendue, et déjà il me tarde de remonter.
Ma décision est prise : seule ou accompagnée, avant cet été j'aurai remis les pieds à St E (et en plus je fais des rimes !).

Evidemment il s'en est passé depuis mon retour, jusqu'à ce jour.
Des belles et des moins belles.
Des voulues et des non voulues.
Des tas de choses.

Et pourtant il n'y en a qu'une que je voudrais retranscrire.
La plus magique, sans doute, qu'il me soit arrivée depuis des années.

Donc cet après-midi, j'avais rencard à l'ophtalmo à 17h, j'en suis sortie à 18h et de suite j'ai chopé mon bus. Deux solutions s'offraient à moi :
- monter jusqu'au CEDAV, pour risquer de l'apercevoir entre "deux portes"
- m'arrêter à l'Araucaria et faire les deux courses vitales qui me permettraient de rester au chaud demain.

Je choisis la seconde solution. Une intuition de ce qui m'attendait? Une décision du Destin? Je ne sais pas, et je ne saurais jamais.
Je fais les courses et pour finir, je vais au Timy me ravitailler en eau. Au moment où j'entre qui sort ? Th. M.
Ca m'a fait tout bizarre de le revoir, de le voir lui ici.
Sûrement parce que je le croyais à Aix.
Le comble, c'est qu'on s'est parlé comme si on s'était quittés la veille...
Alors qu'il y a si longtemps. En partant en rigolant, il m'a lancé un : "Bon, alors, à dans 5 ans ..."

En fait, on a décidé de laisser le Destin (peut-être en la personne d'Ariane) nous réunir à nouveau.
Comme avant.
Avant.
Le bon vieux temps où tout était simple...

On pourrait croire que tout s'arrange.
Toutes les pièces du puzzle intitulé "le bonheur tout simplement" ont l'air de se mettre en place.
Et pourtant je ressens un vide. Un sentiment de frustration. Un manque.

Or ce coup-ci j'ai pas envie de tout "casser", tout flinguer. J'aurais plutôt une "non-envie".

C’est dur d'arriver au terme de ce mois de février 94 (ok, il reste encore une semaine...) et de s'apercevoir que l'on ne maîtrise même pas son temps.
Je me sens lasse.
Réellement comme si je m'étais sans cesse battue contre des moulins à vent.
C'est d'autant plus étrange que ces temps derniers je n'ai rien fait.

Ayant décidé que 94 serait mon année, je fais tout en ce sens. Du moins j'essaye.
Je m'occupe de ma petite personne (sur le plan de la santé, je m'entends). Quelque part c'est épuisant de passer son temps de courir de toubib en toubib.
Au niveau relationnel, comme d'habitude c'est tout ou rien.
D'un autre coté sur ce plan-là, aussi je devrais être satisfaite.
En fait, je sais maintenant où est le problème.
Le problème c'est l'habitat, l'environnement émotionnel immédiat.
C'est pas évident d'essayer de trouver un équilibre psychique et d'avoir à rentrer tous les soirs en un lieu où il faudra mentir.
Remarque pas forcément mentir, mais du moins omettre certains (la plupart) détails de la journée passée ou de ses pensées.

Le plus dur c'est ça.

Avoir à se coucher seule. Ne pas pouvoir recevoir les gens que l'on a envie de recevoir au moment où l'on en a envie de les recevoir.
Ca aussi c'est dur.

A deux jours du printemps, je me sens lasse, je sais ce n'est pas nouveau, mais je n'avais jamais, auparavant, atteint ce point de lassitude. J'en suis même arrivée à perdre ma bouée de sauvetage.

Maintenant, il ne me reste plus qu'une chose à faire.
Trouver la force, le courage qui me permettront d'en finir, enfin.

Désormais je sais que plus personne ne se soucie de moi. C'est pourquoi, et c'est le plus dur je crois, je sais que je ne peux plus rien faire pour elle.
Elle ne veut pas d'aide, elle se complaît dans cet état.

J'en sui arrivée à un état végétatif dans lequel je ne voulais pas sombrer.
Celui duquel on ne sort pas.

Mon existence n'est qu'une vulgaire suite de situation précaires, contre lesquelles je ne vois aucune solution. Et surtout contre lesquelles je ne me sens plus la témérité de combattre.
Même Joshua m'a abandonné.

Comment ai-je pu être aussi stupide au point de me sentir des responsabilités vis à vis d'elle.
Alors que pour elle je ne suis qu'une présence "indispensable" dans l'attente. Pourquoi a-t-il fallu que ce soit Th. B. qui me le montre?
Pourquoi ne l'ai-je pas découvert toute seule?


10.10.94 (ce passage est "tiré" d'un petit carnet à part d'où l'incohérence de certains propos vis à vis des dates)

Pourquoi, je reprends la plume après une interruption de 18 mois ?
Je n'en sais trop rien.
Plusieurs raisons, s'offrent à moi, comme alibis.
Toutes se valent, aucune ne se tient.

La première pourrait être qu'aujourd'hui Marie fête son quart de siècle.
La deuxième, qu'après une quarantaine de mois, la situation n'a pas évoluée. Les mêmes questions se posent à moi.
La troisième, que je tente de faire, quelque chose de ma vie.
La quatrième, que je suis raide dingue à en crever (une fois de plus).
La cinquième, pour me rappeler que je suis toujours là. Pas forcément fidèle au poste.
Plus j'avance, et plus je m'aperçois que je suis seule. Jamais, le dicton "on ne choisit pas sa famille" n'a été aussi vrai. Criant de vérité.


11.10.94

Deux saisons ce sont écoulées, depuis ma dernière intervention, et beaucoup d'eau sous les ponts. Et pourtant de plus en plus ce sentiment d'inutilité, de nullité.

J'avais cru qu'enfin je l'avais trouvé et bien non, R. on était pas destiné.
Surtout nés différemment.
Comment ai-je pu encore une fois m'enticher à ce point.
Raide dingue, dingue à en crever.
Une fois de plus ce n'était pas moi la maîtresse du jeu.
Je ne l'aurais été qu'une fois dans ma vie, mais en fait les dés étaient pipés.
Tout était joué d'avance.

Ce coup-ci le scénar tenait la route, il était presque bon.
Et pourtant je suis sûre que cette fois encore, je ne verrai pas la fin du film.
Un sentiment de ridicule m'envahit. J'ai l'impression qu'une fois de plus j'ai été la dinde de la farce.
Non pas lui ! C'est pas possible !
Derrière son passé de petit dur, je suis sûre que c'est un grand cœur. Je n'arrive pas à croire qu'il ait pu me laisser espérer jusqu'au bout.
Et me snober comme ça au dernier moment.
En fait, je préfère me dire qu'il était préoccupé et qu'il ne m'a réellement pas vu.
Ca fait tellement moins mal.
Jamais je n'ai été seule à ce point.
Jamais je n'étais arrivé à un tel vide autour de moi.
Il ne me reste que Marie. Et encore me connaissant, combien de temps va-t-elle encore tenir ?
Remarque à sa place j'aurais déjà craqué.


01.11.94

Nous sommes le premier novembre et en vingt jours la situation n'a quasiment pas évoluée. A peu de chose près. Je me sens vidée, presque exsangue. Je suis fatiguée, de ne toujours être que la marionnette. J'en ai marre que l'on passe son temps à jouer des films sans moi.

Marre de ne jamais participer au bon gros gag final.
Marre de me laisser utiliser, manipuler, sans pouvoir rien dire ni faire.
Marre de n'être considérée que comme la fille à machin, sinon rien.
Marre d'être dans cet état de délabrement physique.
Marre d'espérer en cette jeunesse à jamais perdue.
Marre de cette espèce de naïveté, qui jour après jour me pousse à croire
- que mon jour viendra
- aide les autres le ciel t'aidera
- la vie est plus belle vue en rose (je l'ai essayée sous toutes les couleurs, elle est toujours aussi moche)
- Qu’en chaque être il y a du bon, il suffit de prendre la peine de le chercher. Le Graal n'existe pas. S'il existait ce serait autre chose qu'une légende.
Marre de voir chez les autres (uniquement chez les autres) ce que l'on rêve de posséder.

A 24 ans je suis déjà passée par tellement de stades (aussi bien physiques que moraux) que j'ai l'impression qu'il ne me reste plus rien.
En tout cas plus rien à espérer.

Peut-être la possibilité d'attendre.
Oui mais attendre quoi?
Qui?
Après quoi?
Que la Dame arrive.
S'il ne me reste plus que cette possibilité, je préfère de loin vous la laisser !
J'en ai déjà usé et abusé à maintes reprises, à un tel point qu'il n'en reste tout juste que la trame, et encore...
De nos jours on est vraiment cernés par des gens bouffis d'indifférence. C'est tellement désolant que cela en est lamentable.



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