Chapitre X
Je lis la lettre
Je ne voudrais n'être connu que comme l'homme qui vous a dit ce que vous connaissiez déjà.
Paul Hewson
Chère Martika,
Je ne sais pas par quel hasard, tu as choisi aujourd'hui encore de t'appeler Martika. Avant tu t'appelais Martika Viller.
Tu voulais connaître ton passé, le pourquoi de ton amnésie. Comme je te l'ai déjà dit, pour ce qui est de ta défaillance, je ne sais rien. Mais je pense que l'explication se trouve dans ce qui suit.
J'ai compris en retournant à la Villa, que tu avais déjà découvert beaucoup de choses, mais que tu n'avais sûrement pas fait le rapprochement. Je sais, que tu as, pendant un mois, épluché tous les écrits de Joshua.
Il est inutile, je pense, de te dire que Joshua était mon frère.
Ca tu l'as lu à Castellane.
Tu as du t'apercevoir que Jo gardait tout à partir du moment où c'était écrit.
Tu as dû lire la correspondance qu'il avait eue avec une femme. Mais tu ne savais pas que l'auteur de ces lettres, c'était toi.
Toi Martika.
Toi qui as vécu dix ans avec mon frère.
Toi qui était sa raison de vivre.
Si, il a tant écrit dans sa vie, ce n'était que pour toi.
Car il savait que tu prendrais toujours plaisir à lire ce qu'il écrirait, même si ce n'était pas forcément ce qu'il avait écrit de mieux.
De plus , tu étais sa muse, comme l'avait été Pam pour Jim.
Tu te souviens de Jim, votre modèle ?
Tu passais ta vie en voyage, tu alternais toujours, un pays asiatique, un pays nordique. C'était ton trip.
Tu te débrouillais toujours pour trouver des compagnons de route, mais tu revenais toujours vers Joshua, à la Villa.
Qu'est-ce que tu pouvais l'aimer cette maison !
Quand tu n'étais pas aux quatre coins du monde, tu passais ton temps à la décorer, la bichonner.
Tu ne voulais surtout pas que Joshua s'en lasse.
Tu avais peur qu'il la quitte et du même coup te quitte.
Hasard ou ironie du sort, c'est toi qui partis.
Je ne pense pas que tu l'aies quitté par lassitude.
Tu l'aimais trop.
Peut-être avais-tu envie de souffler un peu plus longtemps que d'ordinaire.
C'était à New Delhi, en 1969, je crois que ce fut le coup de foudre.
Tu ne savais pas que j'étais le p'tit frangin de Jo, je ne t'en dis rien.
Je crois même que tu ne le sus que six mois plus tard.
Si mes souvenirs sont bons, c'est Jo qui te l'appris.
De toutes façons c'était trop tard le mal était fait.
La machine était en route.
Et c'était moi qui l'avais mise en marche, mais j'étais incapable de l'enrayer.
Du temps où tu vivais avec Josh, l'on ne pouvait rien te reprocher, à part, peut-être, tes nombreux "amis"... Ensuite avec moi, ce fut l'engrenage...
Tu en prenais tellement, que je fus dépassé par tes réactions.
Tout devenait prétextes à délires.
Tu sombras vite dans un état proche de la démence.
Tes crises se faisaient de plus en plus fréquentes.
Je ne savais quoi faire.
Je n'osai pas en parler à Joshua.
Je ne sais par quelle pulsion satanique je fus envahi, tout ce que je sais : je te fis interner contre ton gré. Je n'en dis rien à Joshua.
A l'époque j'étais littéralement paumé, dépassé par l'ampleur qu'avait pris ton attachement à la poudre.
Joshua, qui d'ailleurs allait de plus en plus mal, n'écrivit plus une ligne ; s'était mis à boire énormément de bières.
C'est quand je vis Jo, dans cet état que je compris toutes les erreurs que j'avais commises (certainement par pur égoïsme).
Je fus pris de remords.
Je décidai de réparer.
Le seul moyen de me racheter, était de te retrouver et avant tout te ramener auprès de Josh.
Je mis un peu plus d'un an à retrouver ta trace. Ils (ceux à qui je t'avais confié) t'avaient fait rentrer dans un hosto de fous en Belgique.
Je filais tellement d'argent au directeur, qu'il consentit à te laisser sortir.
Tu devais donc rentrer à la maison raccompagnée, en ambulance, par deux psys (race de laquelle, je me promis de me méfier à l'avenir).
C'est en apprenant la mort de Jim Morrison, que je me décidai à aller voir Joshua.
Je frappais, je tambourinais même, à la porte, pas de réponses.
Je déposai donc la lettre que j'avais préparée au cas où...
A cet instant, je ne savais ni qu'il était lui aussi mort, ni que tu étais près de lui.
Je ne le compris que bien plus tard.
La semaine dernière, je suis retourné voir Jo à Castellane...
Je frappais, une fois encore personne ne répondit...
A peine j'eus mis un pied dans la maison, que j'avais compris...
Voilà, Martika, tu sais tout, du moins ce que je sais.
Toutefois si tu décidais de retourner "chez toi", pense à regarder la malle bleue.
Elle a un double fond.
Je pense que son contenu, t'aidera.
Paul
P.S. : Après réflexions, je suis sûr qu'à l'heure, où tu liras cette lettre, j'aurais rejoint Joshua. Je m'en veux... si tu savais...
Par Martika, Mardi 31 Octobre 2006 à 17:46 GMT+2 dans Joshua's Tree (article, RSS)













