Chapitre IV
Je pris l'autocar jusqu'à Manosque.
J'aurai dû parler à Paul. Peut-être aurait-il pu m'aider ?
Pourquoi ne l'avais-je pas fait ?
J'avais une bonne raison, je m'en souvins tout à coup : il y avait un cadavre dans la maison.
D'ailleurs il n'avait vraiment pas bonne mine.
Je pris mon courage à deux mains. Il fallait que je le planque, sans toutefois m'en "débarrasser", je n'oubliais pas que je squattais dans cette maison, sans l'avis de personne, et la moindre des choses était de respecter le "locataire".
Je décidai de descendre à la cave. Il devait bien y avoir une cave. Il me semblait avoir vu un début d'escalier descendant...
J'allais voir de quoi elle avait l'air et surtout, si je pouvais y entreposer le corps.
Drôle de cave !
Il y avait deux cercueils, sur chacun d'eux une plaque.
Sur le plus grand, il y avait inscrit "Joshua".
Sur le second la plaque était illisible. Comme volontairement effacée.
Je remontais chercher le corps de Joshua. Je le traînais jusqu'à sa dernière demeure.
Une fois le couvercle rabattu, je fermai la porte de la cave à clé et je l’enterrais dans le sol.
Ce que je venais de faire n'était pas très "catholique".
Mais dans ma situation pouvais-je m'arrêter à d'aussi petits détails ?
D'ailleurs n'y avait-il pas inscrit "Joshua" sur la plaque ?
Une fois les derniers remords passés. Je décidai de me mettre au "grand nettoyage de printemps". Je perdis un temps fou à courir après les produits d'entretien. J'aurai mieux fait de tout racheter !
En balayant le corridor, je trouvai, glissée sous la porte, une enveloppe cachetée, adressée à Joshua. Ce devait être Paul qui l'avait déposée, lors de sa visite. Je ne l'avais pas vue auparavant.
Je songeai, ainsi que je ne savais pas du tout quand nous étions, ni combien de jours cela pouvait-il faire que j'avais aluni en ce lieu inconnu.
Cette trouvaille allait peut-être m'éclairer. Je décachetais l'enveloppe et pris l'unique feuillet qu'elle contenait.
Le coin en haut à gauche, indiquait "Manosque, le 5 juillet 1971". Voilà, j'étais fixée, nous étions début juillet 71.
Tiens, il y avait deux années que la mystérieuse correspondante de Joshua, n'avait pas donné signe de vie. C'était d'autant plus étrange que rien ne laissait présager une telle cassure. Il n'y avait aucune traces de "disputes". Toutes les lettres avaient le même ton transi. Seule la forme avait changé au fil des ans. Elle s'était améliorée. L'écrit avait même pris des allures fantasmagoriques.
La lettre de Paul contenait un drôle de message. Il disait à Joshua qu'il avait retrouvé Martika. Mais qui était cette Martika ?
Etait-ce le prénom que je cherchais en vain ? Ou était-ce une simple amie de Paul ?
Pourquoi m'obstinais-je à pénétrer le secret de Joshua ?
Une petite voix , en moi, me disait, que j'en faisais partie...
Avais-je joué un rôle dans la vie de Joshua ?
A la fin de sa lettre Paul avait laissé une adresse, où Joshua pouvait le joindre dès son retour (il ne se doutait vraiment pas qu'il ne reverrait jamais son frère).
Je savais que Joshua avait entretenu une correspondance de dix ans avec une femme, probablement sa petite amie.
Je savais que Joshua avait rempli un coffret de petits bouts de vie.
Je savais que Joshua avait un frère Paul.
Je savais que Paul avait retrouvé Martika.
Je savais que j'étais à Castellane.
Je savais que Castellane me connaissait. Moi pas..
Je savais que Joshua était mort.
Mais je ne savais toujours rien de moi.
Avant de tenter quoi que ce fût, vis à vis de Paul, je remontais inspecter les malles.
Ca n'avait pas l'air très important, mais je voulais quand même y jeter un œil, avant de prendre une décision. Je devais tout passer au peigne fin. Tout était à lire. Les malles étaient au nombre de trois, deux rouges, une bleue.
Dans la première je ne vis que des vêtements féminins. Presque ma taille.
A l'intérieur de la deuxième, une sorte de bric-à-brac, dont une poêle trouée et une raquette de tennis.
La troisième avait l'air de m'appeler. Elle me disait : "Sais-tu pourquoi, tu m'as gardé pour la fin ? Non ? Tout simplement car tu espères. Tu espères découvrir la clé qui te mènera au Graal..."
Elle n'avait pas tort.
Hormis quelques vêtements masculins, elle ne contenait que deux lettres.
Deux lettres de Paul.
La première datait de janvier 1970 soit six mois après la dernière de la mystérieuse correspondante ; la seconde de juin.
A croire que l'univers de Joshua, se résumait au chiffre trois.
Joshua.
Paul.
La mystérieuse aventurière.
Deux lettres pas très amicales pour deux frères ! Il y était là aussi question de cette Martika.
Il ne me restait plus qu'une chose à faire : aller voir Paul.
Je ne pouvais pas y aller dans cette tenue, avec ce vieux jean et cette chemise bariolée je me faisais l'effet d'une folle. Pour une première rencontre il ne fallait pas que je l'effraie. Je cherchai de l'argent, pour m'acheter quelques nippes. J'en trouvai dans le vase du salon, une vraie petite fortune. Il devait bien y avoir de quoi se refaire une garde-robe ! Il fallait que je trouve quelque chose de sobre. Je sortis faire du lèche-vitrines. Lors de ma première sortie, j'avais remarqué plusieurs magasins. Certains m'avaient parus attrayants. J'allais bien y trouver mon bonheur. Dans la première boutique, je trouvai un petit ensemble dans les bleus, tout à fait charmant. Je pris aussi des jeans et des pulls "irlandais". On avait beau être en été, les débuts de soirée étaient, tout de même frais.
Là, encore la vendeuse me fit de grands sourires, me demanda comment j'allais et si "monsieur" allait bien.
Qu'on s'inquiète de ma santé, depuis quelques jours j'en avais pris l'habitude.
Mais qu'on me demandât comment allait "monsieur", là, je ne comprenais pas.
Je pris l'autocar jusqu'à Manosque.
Par Martika, Vendredi 27 Octobre 2006 à 17:34 GMT+2 dans Joshua's Tree (article, RSS)













